Nous espéront cette reconnaissance, croisez les doigts avec nous…
- Vivravec -
Programme présenté à la CSST dans le cadre du prix Innovation en santé et sécurité au travail 2009 par la Société de l’autisme et des autres troubles envahissants du développement de l’Abitibi-Témiscamingue.
L’ensemble des intervenants de l’équipe, avons choisi de privilégier une approche visant à comprendre, à entrer en relation et à créer des liens avec les personnes ayant un trouble envahissant du développement, favorisant le développement de la communication, de la socialisation, l’élargissement des centres d’intérêts, le développement de l’imagination et de la créativité en partant des goûts et des besoins de la personne. Une approche tenant compte des perceptions sensori-motrices, utilisant l’humour, la douceur ou d’autres moyens permettant de diminuer l’angoisse vécue par la personne tout en favorisant la sécurité des intervenants impliqués auprès de notre clientèle.
Nous nous adressons à des jeunes adultes qui sont dans un réseau de services serré depuis leur tendre enfance. Ils ont reçu différentes formes de thérapie, ont été intégrés tant bien que mal dans le réseau de l’éducation et se retrouvent face à la poursuite de leur vie et ce, sans miracle au niveau de leur condition. Certains ont la chance d’avoir toujours leur famille qui les soutient, d’autres ont été confiés à des ressources alternatives de placement;
1) Problématique :
Les personnes autistes ou TED présentent fréquemment des problèmes d’angoisse et du stress qui se traduisent par des manifestations d’agressivité pouvant causer des lésions corporelles ou des maladies professionnelles (“burn out”) aux intervenants qui travaillent auprès de cette clientèle.
Nous nous sommes retrouvés avec une clientèle adultes (grands et forts) lourdement atteinte et présentant d’importants problèmes de comportements.
Dans un premier temps, les nouvelles connaissances et l’expérimentation acquise nous amènent à une nouvelle compréhension de l’autisme et des TED. Une portion importante de notre travail consistera donc à revoir nos méthodes d’intervention mais plus particulièrement nos modes d’entrée en relation. Il s’agit donc de tenter de comprendre la personne et de nous adapter à son mode de fonctionnement.
2) Solution (innovation) :
Développer une approche visant la prévention du stress et de l’angoisse provoquant les désorganisations.
Normalisation
- de la programmation (loisirs, travail, services professionnels), des lieux de travail et du type d’activité ainsi que du matériel utilisé;
- de nos interventions intervenants + gens du milieu (artistes, bénévoles, étudiants, parents, amis..)
- des interventions de groupe
Utilisation des arts
- plus précisément les percussions (projet CD/Formation d’un groupe se produisant en spectacle) ainsi que des arts (peinture et expositions)
- permettant et facilitant une réelle intégration / participation au sein de la collectivité, contribuant à l’amélioration des capacités cognitives, langagières et psycho-motrices
Compréhension
- des déficits et hypersensibilités sensorielles ainsi que des troubles de l’imagination qui amène à proposer une approche adaptative
- qui tienne compte du niveau de stress (échelle de stress)
- des incapacités (adapter le matériel, proposer des alternatives, doser nos exigences et nos demandes)
- tenir compte d’un niveau de fonctionnement variable d’un individu à l’autre, selon l’activité ou le moment pour une même personne
Diminution des états de stress, d’angoisse menant à une désorganisation du comportement / parallèlement réduction du temps des situations problématiques.
La plupart du temps les problèmes graves du comportement chez les personnes autistes sont en fait une forme ou une tentative de communication. Il faut découvrir ce que la personne autiste tente de nous communiquer par des comportements inacceptables et l’aider à utiliser un moyen de communication plus adéquat de nous communiquer son inconfort.
Nous avons décidé de nous doter d’une échelle adaptée à chaque client afin de mesurer l’angoisse vécue par la personne autiste. Nous avons observé que bien des parents et des intervenants fonctionnent d’une façon semblable mais pas de façon aussi clairement illustrée. Cette échelle sera graduée de 0 à 10 et servira à prévenir l’apparition de comportements d’agressivité, (auto-agressivité – hétéro-agressivité – ou destruction) mais aussi à mesurer la réceptivité de notre client pour les apprentissages. Elle tiendra compte de tous les éléments qui peuvent influer sur le niveau d’angoisse du client et de tous les indicateurs nous permettant d’observer rapidement l’état émotif de ce client.
Les causes de stress et d’augmentation de l’angoisse de nos clients sont très variables. Par exemple : un client hypersensible au bruit voit son degré d’angoisse monter d’un niveau dans un environnement bruyant. Une situation qu’il ne comprend pas l’augmente de deux niveaux. Aujourd’hui il est enrhumé ce qui augmente encore son angoisse de deux niveaux. Au cinquième niveau il devient plus difficile pour le client de demander les explications pour la situation qu’il ne comprend pas. Si on ne le rassure pas rapidement, le niveau d’angoisse pourrait monter encore de quelques degrés. Le dixième niveau sera celui où il n’aura plus d’autres possibilités que l’agressivité. Par contre l’intervenant qui est à l’écoute des besoins de cette personne et qui connaît bien son échelle pourra sentir sa détresse et tenter de le rassurer, ce qui devrait prévenir la crise.
L’intervenant deviendra grâce au lien privilégié qu’il aura développé avec le client une personne de référence à qui la personne autiste s’adressera quand les situations difficiles se présenteront.
Il faudra aussi identifier les indicateurs pour chaque client. Dans bien des cas les indicateurs seront des phrases négatives ou des questions pour laquelle ils attendent une réponse négative. (Chez la personne autiste non-verbale, ce seront des cris et surtout le ton de ces cris qui nous donneront les indices du niveau d’angoisse). Souvent quand la personne autiste aborde ce processus, la seule façon de l’aider est de le ramener au sujet présent. Les indicateurs peuvent nous sembler assez loin du sujet parfois mais sont aussi souvent beaucoup plus significatifs quand nous y regardons de plus près. Bien sûr une certaine pratique et une bonne connaissance de la personne est nécessaire pour comprendre ses besoins, mais il nous faut être patient car ils le sont envers nous. En effet il est surprenant de constater le nombre de tentatives que la personne autiste peut faire pour arriver à se faire comprendre.
Nous pensons aussi qu’une expérience du genre pourrait être tentée dès l’adolescence et qu’on pourrait ainsi prévenir ou diminuer de façon significative la période d’agressivité qui se développe trop souvent chez nos adolescents autistes.
Les intervenants qui travaillent auprès des personnes autistes doivent posséder ou développer un solide sens de l’humour, une bonne dose d’intuition, le respect et la loyauté envers les personnes autistes ainsi que le goût de comprendre cette clientèle toujours mystérieuse. Il faut développer notre capacité à évaluer rapidement une situation, à se réorganiser rapidement en cas d’imprévus. La personne autiste se tournera vers vous dans toutes les situations difficiles et elle aura confiance en vous pour résoudre son problème. L’intervenant doit aussi être capable de questionner toutes ces interventions, sans se culpabiliser pour autant, afin de s’améliorer de façon constante.
3) Participation des travailleurs :
Les trois employés ainsi que les contractuels ont adhéré à 100% à cette approche / méthode / programme totalement innovateur. Transformant complètement leur façon de travailler avec ces personnes afin d’opérer un changement radical pour les personnes autistes et TED ainsi que pour les intervenants.
3 employés
3 contractuels
Stagiaires
4) Rayonnement :
Écriture de l’approche et de la méthode d’intervention.
Nous avons entrepris l’écriture de l’approche, de la méthode d’intervention, du programme ainsi qu’un plan de formation qui permettra à d’autres organismes de se former et d’intervenir en utilisant cette méthode. Déjà, les stagiaires qui se joignent à nous reçoivent une formation dans ce sens.
5) Proactivité :
La poursuite de ce projet pilote durant une période de 10 ans nous permet de poursuivre l’expérimentation. Ces expérimentations nous amènent régulièrement de nouvelles découvertes qui nous conduisent conséquemment à améliorer toutes les facettes de notre façon de faire.
6) Résultats :
Nous avons constaté très rapidement, dès la première année de ce projet expérimental, une diminution que nous évaluons à 99,9% des désorganisations et des manifestations d’agressivité. Aujourd’hui, après 10 ans, il y a plusieurs années que nous avons atteint la diminution de l’ordre de 100% des situations de danger potentiel, de blessures ou de lésions. Une amélioration marquée de la qualité de vie des intervenants et de la clientèle. Le bonheur des uns fait le bonheur des autres.